Séances de février.

L'énergie de février est celle du renversement et de la renaissance.

Changer de point de vue, voir les choses autrement, ouvrir son champ de compréhension, tels sont les points d'appui de ce mois. Prenons toujours l'exemple de la nature : bien que notre calendrier se situe toujours en hiver, certaines plantes commencent à pousser, voire à fleurir ; les oiseaux chantent leur gaîté tôt le matin, les bourgeons grossissent, la lumière commence à croître chaque jour un peu plus, le soleil poursuit son ascension dans le ciel.

Si nous y prêtons attention, la nature manifeste une inversion complète de son énergie descendante de fin d'année. C'est une force qui se réveille de la terre et se tourne vers le ciel, faisant germer les graines appelées à vivre. Dans le prolongement de janvier, nous voilà à même d'utiliser la force terrestre vers le bas et la force céleste tournée vers le haut.

Accueillons en nous cette force de vie qui nous pousse à grandir intérieurement.

Satya - ne pas (se) mentir

Continuons d'explorer le Yoga Sutra de Patanjali, l'un des textes fondateurs du Yoga que nous avons déjà abordé en septembre, octobre, novembre, mars et juin..

Parmi les abstinences, il est question de Satya, généralement traduit par : ne pas mentir. Quand nous mentons aux autres, nous nous mentons souvent à nous-mêmes. Quand nous justifions un mensonge, la raison invoquée est souvent pour protéger autrui, alors que nous cherchons alors à nous protéger nous-mêmes.

Avant tout, il s'agit de ne pas se mentir, se raconter d'histoires, ou nourrir nos propres croyances qui viennent du passé et ne sont peut-être plus d'actualité. Le mensonge et le mental ont la même racine ; quand nous nous mentons, nous sommes dans le mental. Le silence peut faire partie du mensonge.

Soyons attentifs à ces petites phrases intérieures "ce n'est pas pour moi !", "je ne vais pas y arriver ". Satya fait écho au sankalpa trouvé en janvier et nous aide à traverser les obstacles en trouvant notre propre vérité intérieure. Cette vérité intérieure ne peut se vivre que dans l'instant.

Formulée positivement, Satya, c'est la sincérité, la véracité. Satya, c'est se rapprocher de sa véritable nature, en cherchant plus à être qu'à paraître. Satya nous invite à une plus grande simplicité, à se défaire de nos mensonges et de nos croyances, à nous alléger du poids et de l'enfermement dans lequel ils nous maintiennent.

Dans la pratique du Yoga, c'est l'invitation à ne pas tricher, comme lorsque nous cherchons à compenser une difficulté.

Ne pas pratiquer Satya, c'est se couper de ce qui est.



Pas d'excuses

Voici des extraits du livre d'Arnaud Desjardins : un grain de sagesse (Editions la table ronde) qui illustre parfaitement en quoi Satya peut nous aider à avancer pleinement dans notre vie, en voyant plus clairement en nous-même et en nous aidant à davantage faire face aux réalités qui se présentent.

Vous vivez tous prisonniers de cette tragique maladie : "du moment que j'ai une excuse, ça va". Vous avez cette mentalité dans l'existence, vous avez cette mentalité sur le Chemin et vous ne vous en rendez pas compte. C'est une mentalité infantile. "Je ne suis pas responsable. Il suffit que je puisse me justifier".

Vous êtes entièrement responsables. Tout le reste est mensonge.


Prânâyâma 6 - Bhramarî (2ème partie) : à l'écoute de l'espace intérieur.

Retrouvez la pratique de Bhramarî prânâyâma comme nous l'avons vu en décembre.

Vous allez retrouver la même vibration sonore, mais tournée vers l'intérieur.

Pour cela, placez-vous confortablement, assis suffisamment haut pour pouvoir placer vos pouces à la hauteur des oreilles, tout en gardant la colonne vertébrale redressée. Fermez vos oreilles en pressant fermement les pouces à l'entrée des oreilles, et placez les autres doigts sur les côtés de la tête. Dans cette posture, pratiquez Bhramarî prânâyâma durant plusieurs minutes, en sentant les vibrations.
Ensuite, cessez Bhramarî prânâyâma en restant comme vous êtes, en appuyant un peu moins avec les pouces mais en gardant néanmoins les oreilles fermées. Demeurez dans la contemplation de l'espace sonore intérieur : qualité des sons perçus, durée, augmentation ou diminution. Toute votre attention est tournée vers cette observation précise.

Vous pouvez aussi transformer ce prânâyâma en une sorte de relaxation, en pratiquant Bhramarî dans la détente et en orientant la vibration sonore dans n'importe quel endroit du corps et dans l'espace situé autour. Sentez alors la vibration sonore se déployer dans l'endroit du corps concerné, mais aussi dans l'espace tout autour. Sentez tout autant cette vibration se résorber dans le corps et dans l'espace.


Méditation avec l’énergie du majeur 2

Poursuivons notre exploration des doigts comme nous l’avons commencé en septembre. le majeur est porté par l’énergie de l'éther. Le plexus laryngé (visuddha cakra), lui est également associé.

L'éther, c'est l'espace. Un espace symbolique où règne le son, le verbe créateur, AUM, ce qui est une manière de dire que nous entrons dans un espace où il n'y a plus rien à voir. Une sorte d'espace invisible sans forme ni limite. Visuddha marque l'entrée dans l'univers subtil.

Le majeur, porteur d'éther, est le doigt du ciel. C'est le doigt le plus long qui dépasse tous les autres. Son énergie résonne loin à l'infini. Il pourrait aussi être considéré comme une échelle céleste. Saturne qui lui est relié, se trouve en bordure de notre système solaire et est aussi appelé le "gardien du seuil". Visuddha cakra est la porte de la pureté, qui s'ouvre quand le disciple est pur (ce qui signifie "sans mélange") dans son esprit et dans son cœur. Mais pour progresser sur notre chemin spirituel, nous devons d'abord nous acquitter de nos devoirs terrestres, et c'est ce que représentent les méridiens qui le traversent : le méridien du système circulatoire et le méridien profond lié à la vessie. Tous deux permettent de prendre à bras le corps les défis de la vie et de la maîtriser. Leurs qualités sont le dynamisme, l'activité, l'audace et le plaisir d'agir. L'éventail des énergies du majeur couvre un large spectre, depuis une vie active jusqu'à loin dans l'au-delà, et pourrait être caractérisé à l'aide de la formule suivante : "aide-toi et le ciel t'aidera".

Photo n°1

Photo n°2

Photo n°3 Matangi mudrâ

Quelques renversements

La part belle est faite à toutes sortes d'inversions au cours de ce mois de février.

Que ce soient des postures inversées (quand le bassin est plus haut que la tête), ou des renversements induits par d'autres types de postures, nous expérimentons ce changement d'attitude qui consiste à mettre en haut ce qui est généralement en bas, et vice versa.

Que se passe-t-il quand je vis le monde à l'envers ?

Ce type de posture nous aide à relier le haut et le bas du corps qui sont souvent vécus comme séparés : "la tête et le corps", "bête comme ses pieds", "la tête et les jambes", …


Les postures inversées reposent le corps et nourrissent davantage les centres subtils situés dans la partie supérieure du corps. Ces centres subtils favorisent en nous l'émergence de vertus comme le discernement, la clairvoyance, la clairaudience.


La charrue

Voici un renversement complet qu’évoque bien le nom même de la posture. La charrue retourne la terre en rendant visible ce qui était sous terre, et en enfouissant ce qui était à la surface. Cette posture favorise l‘étirement de “l’ouest” du corps, qui n’est autre que l’arrière du corps, porteur de tout ce qui est caché à notre regard.


Viparita karani mudrâ

C’est bien d’une mudrâ qu’il s’agit ici, car nous sommes plus sur le plan énergétique et symbolique. Attitude de repos par excellence, mais aussi de régénération car nous passons alors en mode “économie d’énergie”.

Sur le plan physique, cette position favorise le repos du cœur et - par voie de conséquence - du corps tout entier. Sur le plan du souffle, on observe une libération à la hauteur du diaphragme, le ventre est relâché. La détente de la respiration favorise la détente psychique.

Sur le plan énergétique, ce “geste de l’action inversée” procure effectivement un inversion fondamentale des combustions internes. L'élixir de vie est économisé : cette mudrâ est censée nous ouvrir l’accès à l’immortalité, c’est dire si elle est importante pour le Yoga.

Un autre aspect ici est en lien avec le mois de février : pour la médecine indienne, nos véritables racines sont dans le cerveau. Si nous inversons la position habituelle du corps, tête en bas, le cerveau, d’où part la moëlle épinière et ses terminaisons nerveuse, ressemble à une graine qui germe. La tête, enracinée dans le sol, permet aux jambes de trouver la lumière et l’espace aérien, dans une grande liberté. Au cœur de l’hiver, c’est le moment de manger des graines germées !


Le poisson

L’inversion consiste ici en une inversion de la tête, tête en bas, pour voir le monde à l’envers. Conditionnée par une ouverture intense de la poitrine, de la gorge et de la zone du coeur, cette posture nous ouvre au monde.


La table inversée

Telle une table à l’envers, cette posture nous aide à ressentir les appuis dans la terre, comme dans le ciel. En contactant la terre, le dos permet de faire monter bras et jambes au ciel. En contactant le ciel, les mains et les pieds permettent de s’ouvrir dans le dos vers la terre. Nous sommes alors comme “calés” dans l’espace, sans blocage ni tensions.


La mudrâ du temps

La mudrâ qui nous donne du temps.

Elle favorise la libération de l'agitation, du stress, ou de l'apathie. Si vous êtes débordéE, agitéE ou sans élan, cette mudrâ est pour vous ! Elle est également réputée pour avoir une fonction régulatrice sur la thyroïde.

Shank mudrâ

Cette mudrâ résonne avec le symbole de la conque, magnifique coquillage qui s’enroule sur lui-même vers l’intérieur, nous invitant à cheminer intérieurement. Il est ici question d’énergie sexuelle féminine. Cette mudrâ est en relation avec Visuddha cakra, le centre énergétique de la gorge, en lien avec la thyroïde sur laquelle il exerce une action équilibrante.

Le mouvement inverse est tout aussi présent : ce coquillage se déroule vers l'extérieur, déployant sa magnificence à la vue du monde, telle la Mâyâ qui déploit sa puissance créatrice. Le feu du pouce droit (voir les repères de septembre) vient activer l’espace du majeur gauche. Cette mudrâ, liée à Visuddha, nous met donc en relation avec l’espace. Or c’est avec l’ouïe que nous percevons l'espace. Elle est donc très propice pour percevoir la résonance du mantra AUM, surtout le MMMM qui résonne tout particulièrement dans la gorge.

Pratique très apaisante, pouvant être utilisée lors d’une méditation.

Bibliographie

  1. Les saisons du Yoga de Barbara Litzler, Editions Almora

  2. Les mudras de Gertrud Hirschi, Editions Le Courrier du Livre

  3. Le passage du souffle de Rodolphe Milliat, Editions India Universalis

  4. Le yoga des pharaons de Geneviève et Babacar Khane, Editions Dervy-livres

  5. Pratique du Yoga, la voie du cœur de Babacar Khane, Editions I.I.Y.

  6. Yogamrita, le blog du Yoga de Michèle Lefèvre

  7. Le placebo, c'est vous ! de Joe Dispenza, Editions Ariane.

  8. Vivre mieux et guérir par les couleurs d'Andrée Schlemmer, Editions Médicis

  9. Le yoga tantrique de Koos Zondervan, Editions Almora

  10. The key muscles of hatha yoga – www.BandhaYoga.com

  11. Atlas d'anatomie humaine de Frank H. Netter, Editions Maloine

  12. Salutation fluide, Isabelle Morin-Larbey, Revue française de Yoga n°36, Editions F.N.E.Y.

  13. Yoga dipika de B.K.S. Iyengar, Editions Buchet/Chastel

  14. Le yoga de la prière de Babacar Khane, Editions de l'Institut International de Yoga

  15. Yoga de l'énergie 30 leçons sur la concentration de Roger Clerc, Editions Cariscript

  16. Guide de la pratique posturale ostéo-articulaire et musculaire de Dominique Martin

  17. Mudras de bien-être de Gertrud Hirschi, Editions Le Courrier du Livre

  18. Pranâ Pranayama pranâ Vidya de Swami Niranjananda Saraswati, Editions Satayanandashram

  19. Régénération par la marche afghane d’Edouard Stiegler, Editions Guy Trédaniel

  20. De la méditation à l’amour de Selim Aïssel, Editions Oxus.

  21. Une série au sol d’Anne-Marie Doé de Maindreville, RFY n°26, Editions FNEY

  22. 60 expériences de vie intérieure de David Dubois, Editions Almora.

  23. Dans l'intime d'un chemin de Véronique Desjardins, Editions du Relié.

  24. Les yogasûtras de Patañjali commentés par Svâmî Sadânanda Sarasvati Editions Le courrier du livre

  25. Flexions et enroulements, Revue française de Yoga n°10, Editions FNEY