Séances de mai

L'énergie du mois de mai est celle de l'équilibre. 1

Percevoir l'équilibre, c'est entrer en relation avec l'espace, s'ouvrir et se laisser envelopper par lui, dans une rencontre réciproque et équitable.

Dhâranâ, la concentration stable.

Retrouvons Patanjali déjà présenté en septembre, octobre, novembre, mars et juin.

Comme il s'agit de Yoga, il ne s'agit pas ici de la concentration ordinaire, souvent vécue comme un repli sur soi, une focalisation, une fermeture qui nous fait oublier tout le reste. Concentration va alors de pair avec tension.

Dhâranâ est un état de conscience. Il suit prathyâhâra (le retrait des sens) que nous avons abordé en septembre : une fois notre regard ouvert sur l'intérieur, nous pouvons alors demeurer attentif dans la durée.

Il faut savoir que notre cerveau est mono-tâche : il nous est impossible de penser à plusieurs choses en même temps. Notre attention est comme "découpée en tranches" suivant nos occupations, ce qui nous donne l'illusion de mener plusieurs tâches et plusieurs pensées en même temps alors qu'il ne s'agit que d'une succession très rapide. La capacité de se concentrer sur une pensée ou une action est de l'ordre de la dizaine de secondes chez une majorité d'individus, alors qu'elle est de de plusieurs heures chez certains yogis. Il s'agit donc de prolonger la durée de cette mono-tâche, au lieu de sauter comme un singe d'arbre en arbre, pour reprendre une image célèbre du Yoga.

S'exerce à pratiquer Dhâranâ consiste à s'établir durablement dans la contemplation d'un support (les sons, une icône, le souffle, ...). Cette pratique se fait dans la détente et - loin de nous enfermer - ne nous prive en rien de la présence au monde, bien au contraire.

Dhâranâ peut également être vécu comme un ancrage dans la pratique intérieure. Cet ancrage se situe au cœur de nous-même, dans cet état de présence que le Yoga nous apprend peu à peu à découvrir. Cet ancrage est stable et équilibré. Si nous nous enracinons dans cet ancrage, nous pouvons alors vivre toutes les perturbations qui ne manquent pas de nous traverser, nous pouvons même accueillir ces perturbations, sans se laisser totalement emporter par la tourmente. Le Yoga révèle en nous cette faculté de concentration qui devient un appui intérieur - le seul véritable en fait - qui ne nous protège de rien, mais nous permet de garder la tête hors de l'eau.

L'un des buts essentiels de la pratique du hatha yoga est de nous faire éprouver des sensations inhabituelles, intenses, subtiles susceptibles de capter notre attention, pour nous exercer à être en Dhâranâ. Cette attention est l'antichambre de Dhâranâ.




Trâtaka, un exercice de concentration

Cette technique de concentration occulaire est un exercice visant à nettoyer le mental par l'intermédiaire du regard. Pratiquer trâtaka aide également à renforcer les yeux. Cette technique de purification fait partie des kryas, déjà abordés en mars (comme jala neti ou kapâla bhâti).

Vous pouvez cliquer ici pour télécharger l'image ci-contre.

Pour pratiquer trâtaka, cliquez ici pour entendre la méditation proposée.

Dû à des problèmes informatiques, cet enregistrement est momentanément indisponible. Nous le restaurerons prochainement.


L'équilibre debout – Tâdâsana 13

Éprouver l'équilibre entre relâchement et redressement. Si l'avachissement nous met trop en relation avec la terre au détriment du ciel, la raideur nous met trop en relation avec le ciel au détriment de la terre.

Éprouver l'équilibre entre les côtés gauche et droit. Par une rotation externe des cuisses, le poids du corps se manifeste sur le bord externe des pieds et permet d'ajuster une bonne répartition du poids du corps sur les deux jambes. C'est par un déplacement du bassin minutieux et précis que se fait cette répartition. La voûte plantaire est soulevée.

Tâdâsana avec les pieds joints.

Voir les différences avec Tâdâsana les pieds écartés, vu en janvier.

Éprouver l'équilibre entre l'avant et l'arrière du corps. Répartir le poids du corps ni trop sur les orteils, ni trop sur les talons. Les épaules reculent et s'ouvrent, ce qui installe la respiration sur l'avant et dans l'arrière du corps.

Placer son regard à l'horizontal ne suffit pas : laisser son regard s'ouvrir latéralement jusque dans l'espace derrière soi. L'arrière du corps devient vivant.

De par cet équilibre, le corps s'ouvre alors de tous côtés en même temps que l'espace autour de lui devient tangible : il peut y avoir la sensation comme d'une "présence" sphérique qui enveloppe, soutient et protège sans enfermer. Nous nous ouvrons à l'espace, de plus en plus vaste, sans limite particulière. Nous pouvons même prendre appui sur l'espace.

Cet espace, c'est en fait l'espace intérieur. Au début, il semble confiné à l'intérieur du corps (voire du cerveau) ; puis il s'élargit de plus en plus.


L'équilibre cérébral - Hakini mudrâ 2.

Hakini est le nom de la déesse hindoue qui incarne l'énergie (Shakti), et siège dans Âjñâ cakra.

Les deux mains entrent finement en contact l'une avec l'autre par l'extrémité des doigts.

Cette mudrâ améliore le fonctionnement entre les deux hémisphères cérébraux, développe la mémoire et favorise la concentration. Le positionnement des mains rappelle la forme des hémisphères eux-mêmes !

Placer ses mains en Hakini mudrâ en sentant le contact des doigts entre eux – un peu comme un contact électrique - procure une impression de stabilité. C'est aussi la raison pour laquelle cette mudrâ nous rend stable dans les postures d'équilibre (quand les deux mains sont libres !).

Il est intéressant de noter que cette position des mains est naturelle pour beaucoup de personnes, quand elles ont besoin d'être attentives.


L'équilibre du regard – Âjñâ cakra

Âjñâ cakra, c'est le troisième œil, la clairvoyance.

Les deux yeux physiques symbolisent la vision ordinaire qui reste à la surface et ne voit que les conflits et les oppositions. Le troisième œil symbolise une vue pacifiée de la vie, qui voit au-delà des apparences et des conflits. C'est le siège de l'intuition, de la vision directe lorsque le pouvoir du mental s'apaise. Âjñâ cakra est à associer également avec Anjali mudrâ (voir le cours de mars).

Deux canaux d'énergie s'enroulent autour de la colonne vertébrale : Idâ (lunaire, à gauche) et Pingalâ (solaire, à droite). A chaque fois que ces nâdî se croisent, elles créent une sorte de tourbillon qui crée un cakra (centre d'énergie).

Idâ et Pingalâ se rejoignent à la hauteur d'Âjñâ. Ce cakra est donc le lieu de rendez-vous de la lune et du soleil.

Cette particularité souligne l'importance de respirer par le nez plutôt que par la bouche.

Hakini mudrâ et Âjñâ cakra sont donc en relation étroite.

Cette association donne toute l'importance du regard présent, dans la pratique des postures d'équilibre.


L'équilibre fermeté/aisance.

Retrouvons à nouveau Patanjali qui définit ainsi la posture yogique. Deux mots suffisent !

Sthira-sukham âsanam (Yoga sûtra de Patanjali II-46) : la posture est ferme et aisée.

Sthira, qu'on peut traduire par ferme, stable, persévérant…

Sukham, qu'on peut traduire par aisance, heureux, agréable…

Il est très intéressant d'être dans une pratique avec cet état d'esprit : où est la fermeté ? où est l'aisance ? Comment ces deux états paradoxaux se manifestent-ils ?

Prenons un exemple :

Dans cette posture, la fermeté se vit dans la poussée du pied vers le plafond ; l'aisance se vit dans le relâchement de l'épaule.

Cette pratique nous permet très concrètement d'éprouver physiquement comme les deux se complètent : plus le pied monte, plus l'épaule descend. Les deux vont ensemble.

Si nous poussons/relâchons trop ou pas assez, la posture va vite devenir fatigante ou molle.

En revanche, si nous sommes à la fois dans la poussée et le relâchement, dans une relation équilibrée, la posture va pouvoir être prolongée et une progression va alors se faire sentir : le corps va peu à peu se déployer dans l'espace !

Cet équilibre correspond à la justesse d'une pratique. Quand nous la quittons, une libération articulaire et énergétique est tout à fait perceptible.


Quelques postures d’équilibres

En voici quelques exemples vu en cours :

Astavakrasana

Posture de l'aigle

Ekapâda Utkatâsana


L'équilibre lune/soleil. La respiration prânique alternée. 15

Les respirations alternées permettent de nettoyer les canaux et d'équilibrer les courants d'énergie lunaire et solaire. Nous rendons visite tantôt au côté lunaire, tantôt au côté solaire, dans une durée d'égale importance.

De nombreuses techniques de respirations alternées existent. Nous pouvons en proposer une venant de Roger Clerc, fondateur du Yoga de l'énergie. Nous pouvons pratiquer cette respiration alternée en utilisant la respiration prânique.

Cette respiration particulière est silencieuse, lente et très fine.

En se plaçant dans les narines, l'attitude consiste à humer l'air avec toute la délicatesse dont nous sommes capables, comme lorsque nous cherchons à humer un parfum subtil. En fait, nous cherchons à humer ce qui est plus subtil que l'air : le prâna. Respirer ainsi peut donner l'impression que l'air est immobile : seul le prâna se déplace. Paradoxalement, plus nous respirons délicatement, plus les sensations sont fortes. Les narines semblent s'ouvrir largement. Elles deviennent disponibles au prâna qui entre et sort, à la fraîcheur et à la tiédeur qui alternent. Le prâna se manifeste.

Une fois cette respiration prânique installée, il est alors possible de déplacer sa conscience, tantôt à droite, tantôt à gauche. Pas seulement dans les narines, ni même dans la moitié du corps, mais bien dans l’espace même : l’espace ouvert à droite, et l’espace ouvert à gauche. Cet espace - vaste - inclut le corps même, mais va au-delà.

La pratique devient similaire à Nadi Shodhana Pranayama sans qu’il soit nécessaire d’utiliser les mains.


L'équilibre énergétique – une pratique chinoise 16

Très utilisée dans l'enseignement de Babacar Khane, cette technique équilibre les polarités dans le corps. En effet :

  • L'inspiration et la contraction sont de polarité positive ("yang"),

  • L'expiration et le relâchement sont de polarité négative ("yin").

Mettre du + avec du +, ou du – avec du – serait de trop : contracter le corps en inspirant risquerait d'être trop tonique, des dégâts pourraient survenir ; relâcher le corps en expirant ferait perdre toute tonicité.

L'énergétique chinoise préconise d'allier les contractions (+) avec une expiration (-), et un relâchement (-) avec une inspiration (+), dans le but d'équilibrer le corps énergétiquement.

Prenons un exemple très simple de renforcement des poignets :

Expiration (-) en contractant (+) le poignet = Inspiration (+) en relâchant (-) le poignet

Ce mode opératoire permet un travail profond de fortification et d'assouplissement des articulations sans risquer de se faire mal. Il a l'avantage de pouvoir être utilisé dans une grande variété de pratiques.


Mantra de l'amour infini.

Répétons intérieurement celui qui nous vient de Babacar Khane :

La sphère de l'amour infini (…) m'enveloppe, me soutient et me protège.


Un pranayama

Retrouvons la respiration prânique de Roger Clerc pour libérer le souffle et explorer où nous plaçons la source de notre souffle :

  • Au bord des narines ?

  • A quelques centimètres de là ?

  • En provenance de la terre ?

  • Loin devant nous au cœur d'une forêt, dans un espace végétal nourri de prâna ?

  • Loin au-dessus de nous, dans les nuages et au-delà ?

Voyons ce que cela change en nous.

Ce type de pranayama fait partie des pratiques qui dégagent les centres subtils supérieurs, tel que mentionné ci-dessus.

L'équilibre en mouvement – la salutation fluide d'Isabelle Morin-Larbey 12

Après avoir vu cette salutation dans sa version simplifiée (assise) durant le mois d'avril, voici une nouvelle vidéo pour la retrouver dans sa version complète :

Bibliographie

  1. Les saisons du Yoga de Barbara Litzler, Editions Almora

  2. Les mudras de Gertrud Hirschi, Editions Le Courrier du Livre

  3. Le passage du souffle de Rodolphe Milliat, Editions India Universalis

  4. Le yoga des pharaons de Geneviève et Babacar Khane, Editions Dervy-livres

  5. Pratique du Yoga, la voie du cœur de Babacar Khane, Editions I.I.Y.

  6. Yogamrita, le blog du Yoga de Michèle Lefèvre

  7. Le placebo, c'est vous ! de Joe Dispenza, Editions Ariane.

  8. Vivre mieux et guérir par les couleurs d'Andrée Schlemmer, Editions Médicis

  9. Le yoga tantrique de Koos Zondervan, Editions Almora

  10. The key muscles of hatha yoga – www.BandhaYoga.com

  11. Atlas d'anatomie humaine de Frank H. Netter, Editions Maloine

  12. Salutation fluide, Isabelle Morin-Larbey, Revue française de Yoga n°36, Editions F.N.E.Y.

  13. Yoga dipika de B.K.S. Iyengar, Editions Buchet/Chastel

  14. Le yoga de la prière de Babacar Khane, Editions de l'Institut International de Yoga

  15. Yoga de l'énergie 30 leçons sur la concentration de Roger Clerc, Editions Cariscript

  16. Guide de la pratique posturale ostéo-articulaire et musculaire de Dominique Martin

  17. Mudras de bien-être de Gertrud Hirschi, Editions Le Courrier du Livre

  18. Pranâ Pranayama pranâ Vidya de Swami Niranjananda Saraswati, Editions Satayanandashram

  19. Régénération par la marche afghane d’Edouard Stiegler, Editions Guy Trédaniel

  20. De la méditation à l’amour de Selim Aïssel, Editions Oxus.

  21. Une série au sol d’Anne-Marie Doé de Maindreville, RFY n°26, Editions FNEY

  22. 60 expériences de vie intérieure de David Dubois, Editions Almora.

  23. Dans l'intime d'un chemin de Véronique Desjardins, Editions du Relié.

  24. Les yogasûtras de Patañjali commentés par Svâmî Sadânanda Sarasvati Editions Le courrier du livre

  25. Flexions et enroulements, Revue française de Yoga n°10, Editions FNEY