Séances d'octobre




L'énergie du mois d'octobre est celle du lâcher-prise.

Voici venu le temps du flamboiement automnal. La nature se pare de mille couleurs subtiles avant de s'éteindre durant l'hiver. Octobre nous offre souvent un soleil encore chaud, mais la fraîcheur nocturne et le raccourcissement des jours sont autant d'invitations à nous recentrer en nous-même, dans le mouvement initié en septembre.

Le lâcher prise est à l’image de cet instant où les feuilles d’automne, après avoir lentement maturé et vu leur couleur se modifier, finissent par lâcher l’arbre, qui lui-même lâche ses feuilles, dans un abandon réciproque.

Table des matières

La non-avidité - aparigraha

Retour vers le Yoga Sûtra de Patanjali, texte que nous avons déjà abordé. Une partie de ce texte est consacrée aux huit membres du Yoga (ashtânga yoga de Patanjali). Les deux premiers membres constituent une sorte de vade-mecum de la vie, susceptible de nous aider à mieux nous diriger sans trop nous alourdir durant notre existence. On les appelle les observances (yama) et les abstinences (niyama).

Le mois d'octobre est propice pour pratiquer une abstinence : aparigraha, la non-avidité. Or c'est la non-avidité qui va nous permettre de vivre le lâcher-prise. En effet, le lâcher-prise n'est pas une action, c'est un état ; qui nous est donné ou pas. En revanche, c'est bien sur la non-avidité que nous pouvons agir.

Qu'est-ce que l'avidité pour le Yoga ? C'est l'attitude habituelle qui consiste à être persuadé que notre bonheur est strictement lié à l'obtention de nos désirs, quels qu'ils soient. "Tant que je n'aurai pas ce que je veux, je ne serai pas heureux" et "je ne serai heureux que lorsque j'aurai obtenu ce que je veux". Nous nous rassurons par l'avoir, alors même que nous sommes coincés entre la peur de ne pas avoir ou la peur de perdre ce que nous avons, nous restons dans la superficialité de l'apparence.

Que nous propose alors le Yoga ? Au lieu d'être l'esclave de nos désirs, soyons dans l'accomplissement du désir.

Prenons un exemple : j’ai le désir de gravir une montagne. Au lieu de me focaliser sur l'attente du moment où j’atteindrai le sommet, je vis consciemment tout ce qui concerne mon ascension. Être présent et attentif à tous les préparatifs. Puis, durant la randonnée, je suis dans le pas que je suis en train de faire. Le fait d'atteindre ou non le sommet ne me concerne pas, ce n'est pas de mon ressort. Le but à atteindre est clair, mais je deviens alors libre de ce but, puisque je suis déjà dans la marche, donc dans l'accomplissement de ce désir, que j’arrive au sommet ou pas.

Cette pratique intérieure, nous l'expérimentons sous diverses formes durant la totalité de la séance ; comme dans la manière de vivre chaque mouvement, dans le déroulement millimétrique de chaque posture, quelle que soient nos possibilités. Mais aussi face à une tension qui se présente en nous-même. Le lâcher-prise s'exerce en se plaçant dans l'endroit en question. En y respirant. En y amenant de la lumière. Que la tension soit là ou s'en aille, alors une part de nous-même n'est plus en conflit et peut être en paix.

Pratiquer la non-avidité, c'est se relier à sa paix intérieure. C'est l'anti-chambre de l'acceptation. Ce qui n'empêche nullement l'action, bien au contraire. A nous de le pratiquer dans notre vie quotidienne.

Ne pas pratiquer aparigraha, c'est se couper de sa profondeur et vivre dans la peur.


La respiration Ujjâyî

Commencez par respirer lentement et largement, sans excès. La respiration se fait par le nez uniquement. Elle part du ventre, s'épanouie dans les côtes et se termine par les clavicules.

Nous retrouverons respiration ujjâjî plus en détail en novembre. Pour en savoir plus, cliquer ici.

Même si Ujjâyî signifie "victorieuse", la non-avidité est de mise dans la pratique de cette respiration, si typique du Yoga. Vouloir à tout prix respirer profondément ne fait qu'accumuler des tensions, ce qui génère autant d'entraves.

En revanche, pratiquer aparigraha nous permet d'être totalement dans le mouvement respiratoire qui est en train de se faire, sans nous soucier de son terme, en s'abstenant d'être déjà rendu à poumons pleins ou vides, sans nous préoccuper de la durée même du mouvement. Que la respiration soit alors courte ou longue, peu importe : elle est !

Et c'est ce lâcher prise même qui – paradoxalement – favorise l'approfondissement de la respiration ujjâyî.


Méditation avec l’énergie de l'auriculaire2

Avec Gertrud Hirsch2 , et comme nous l’avons vu en septembre, l'auriculaire est porté par l’énergie de l'eau. Le cakra du bassin lui est également associé.

L'eau est porteuse de multiples symboles. Nous attirons ici l'attention sur sa capacité à révéler notre relation au monde.

Quelle est notre relation à la vie ? Notre relation vis-à-vis du règne minéral (y compris le minéral en nous-même) ? Notre relation vis-à-vis du règne végétal (y compris le végétal en nous-même) ? Notre relation vis-à-vis du règne animal (y compris l'animal en nous-même) ? Notre relation vis-à-vis du genre humain (y compris notre propre humanité) ?

Des relations pleines de joie qui remplissent l'être ne réchauffent pas seulement le cœur mais le nourrissent et le renforcent aussi. Nos humeurs, qui sont toujours la résultante des sentiments du moment, peuvent être comparées au vagues ou à la surface d'une étendue d'eau. Elles sont dans une harmonie bien rythmée ou violente et l'eau est claire et propre - ou sale, lourde et sombre, si elle est peu profonde.

L'eau est mouvante et nous invite à goûter l'impermanence, porteuse de mort et de renaissance.


Une relaxation pour se désencombrer

Se placer dans la posture de l’enfant, en plaçant le front sur le triangle équilatéral formé par les pouces et les index (voir photo ci-dessous).

La respiration physique est naturelle.

En revanche, la circulation du souffle se fait comme suit : chaque expiration part du front, traverse le triangle et s’en va vers la terre. Confier à chaque expiration tout ce qui nous encombre intérieurement : fatigue, tensions, ressentiments, soucis, …

Chaque expiration va s’en charger et, traversant le triangle, va diriger tous ces encombrements vers la terre. Ainsi, chaque expiration nous rend plus léger et paisible.


Cakra mudrâ - pour s'endormir. 2

Voici une pratique qui favorise l'endormissement, sinon l'apaisement.

Nous rendons visite aux quatre premiers cakra. Une fois les mains placées correctement, comptez intérieurement 12 respirations. Ensuite vous changez la position des mains et vous comptez à nouveau 12 respiration. Et ainsi de suite... Peut-être n'atteindrez vous jamais la quatrième position ! Peut-être vous sera-t-il nécessaire de recommencer le cycle plusieurs fois.

1. Placer sur le pubis la main gauche (droite pour les hommes),

2. Poser l'autre main par-dessus,

3. Croiser les pouces. Comptez 12 respirations.

Une fois les 12 respirations terminées, la main qui est sur le dessus se place sur le bas-ventre (entre publis et nombril). L'autre main se pose par-dessus puis vous croisez les pouces. A nouveau comptez 12 respirations.

Une fois les 12 respirations terminées, la main qui est sur le dessus se place sur le plexus solaire (entre nombril et sternum). L'autre main se pose par-dessus puis vous croisez les pouces. A nouveau comptez 12 respirations.

Une fois les 12 respirations terminées, la main qui est sur le dessus se place sur le plexus cardiaque (au milieu de la poitrine). L'autre main se pose par-dessus puis vous croisez les pouces. A nouveau comptez 12 respirations.

Ceci forme un cycle complet. Reprenez autant de cycles jusqu'à l'endormissement.


Prânâyâma 2 - respirations pour purifier les nàdî.

Anuloma prânâyâma (respiration qui va "dans le sens du poil") vise à purifier les nàdî (circuits énergétiques qui s'enroulent dans la colonne vertébrale et se terminent dans les narines, d'où l'importance de respirer par le nez pour nourrir ces circuits énergétiques). La manière de respirer est déterminante et provient d'une attitude intérieure très précise. Voici un texte très éclairant sur ce sujet :

“La conscience est reliée au corps par les sensations. Grâce à la respiration, elle dialogue en permanence avec l’espace énergétique dans lequel se répand âkâsa (l'éther, l'espace). Une exacerbation du domaine sensible de la respiration peut enclencher un nouveau mécanisme d’échange énergétique : c’est le tamis de prâna. La sensibilisation accrue des zones de contact avec le passage de l’air entraîne une utilisation radicalement différente du souffle. Pour capter le prâna, il faut déplacer les récepteurs sensibles au niveau du passage de l’air sur les muqueuses. Avant de respirer par les poumons, nous respirons par les narines (...). Imaginez que votre respiration s’accomplit comme le passage d’un fil dans le chas d’une aiguille ! Ce n’est pas en percutant à l’aveuglette l’extrémité du fil que vous risquez de l’y introduire. L’entrée du fil dans le chas est déterminée par sa précision et sa lenteur. Et l’attention n’est pas distraite à ce moment-là ; tout au contraire elle est mobilisée en totalité.

La naissance de chaque mouvement respiratoire ressemble à cette opération. Le départ d’un inspir, tout comme d’un expir, conditionne son utilisation prânique. La lenteur du frottement de l’air, ainsi que sa précision de contact avec les narines, déterminent la subtilité du souffle. Faute de quoi le prâna ne nourrit pas les nàdî, et la respiration reste superficielle. La naissance des mouvements du souffle conditionne leur étirement et leur répartition harmonieuse. Ainsi, une respiration lente devient une respiration pleine, subtile et gorgée de prâna. La respiration du yogi arrive à ce paradoxe que plus elle est lente et plus elle est sensible ; plus elle est lente et plus elle est nourrissante. Lenteur et sensibilité se conjuguant, elles démultiplient les aptitudes de perception. Ce qui pour le débutant est une contrainte redoutable, devient pour le yogi une source réelle d’abondance.”

Extrait tiré de "Le Passage du Souffle", Traité de Prânâyâma de Rodolphe Milliat, India Universalis Éditions

C'est donc dans cet état d'esprit que nous vous invitons à aborder le prânâyâma qui suit. La respiration utilisée ici n'est donc pas la respiration Ujjâyî tele que décrite plus haut, mais la respiration prânique telle que décrite par Roger Clerc.

La main passive repose sur le genou en jñāna mudrâ, la mudrâ de la connaissance (voir ci-contre).

Commencer par fermer la narine droite pour respirer par la narine gauche. Un ou plusieurs cycles de 12 respirations.

Puis fermer la narine gauche pour respirer par la narine droite. Un ou plusieurs cycles de 12 respirations.

Enfin, respirer par les deux narines en même temps. Un ou plusieurs cycles de 12 respirations.

Si vous êtes un habitué de la respiration prânique, vous pouvez vous abstenir de fermer la narine et poser alors la main fermée sur le genou. Par le seul placement de votre conscience dans la narine ouverte, vous pourrez faire ce prânâyâma et continuer d'y sentir le prâna circuler.

Retrouvez tous les prânâyâma sur la page Prânâyâma.


Postures d'extension

Les postures d'extension fortifient et assouplissent le dos. Quel le lien avec le lâcher-prise ?

Symboliquement, le dos est la part invisible et inconnue de notre corps. Or il est impossible à l'ego de lâcher quoi que ce soit, c'est contre sa nature même. Quand ça lâche, c'est donc une autre part de nous-même qui permet que ça lâche. Et c'est cette part, bien souvent inconnue de nous-même, que le Yoga nous invite à découvrir.

Pratiquer avec son dos est une manière d'aller à la rencontre de l'inconnu.

En outre, le dos est une zone particulièrement chargée de tensions diverses et tenaces. Les postures d’extension contribuent à libérer le dos ce ces contractures.


A gauche, une posture d’extension à genoux. 5

Ci-dessus, posture du sphinx.



Posture du cobra.


Les trois respirations et leur mudrâ correspondante. 6 et 18

Les enchaînements typiques du Yoga égyptien nous permettent de percevoir nettement les trois phases respiratoires.

En outre, les trois mudrâ suivantes, aident à sceller l'énergie dans les trois zones du corps concernées, chacune en lien avec les trois phases respiratoires. Elles dénouent les tensions et favorisent la libération du souffle, donc le lâcher-prise.

Prendre chaque mudrâ de la même manière : assis en diamant, les mains placées en haut des cuisses, paumes orientées vers le bas, coudes ouverts sur les côtés.

Chin mudrâ

Le sceau de la connaissance

La respiration abdominale

Chinmaya mudra

Le sceau de la conscience manifestée

La respiration thoracique

Adhi mudra

Le sceau originel

La respiration haute


Le sceau du lâcher-prise


Lorsque nous cessons de vouloir à tout prix, nous devenons disponibles.

Ici, nos mains semblent vides ; en fait, elles sont vacantes.

Alors nos mains sont pleines d'espace, d'énergie, de vie.


La mûdra du dos. 2

Cette mûdra va nous aider à renforcer notre dos, mais aussi à l’ouvrir.

Main droite, le feu du pouce (voir repères de septembre) va activer l'éther du majeur et permettre à la colonne vertébrale de “s’aérer” et au dos de s’ouvrir dans l’espace situé derrière lui. Le feu du pouce va également activer l’eau de l’auriculaire. Les circulations liquides dans le corps vont être réveillées et favoriser une régénération du dos.

Main gauche, Chin mûdra, la mûdra de la conscience, va nous aider à rendre notre dos plus conscient.Car si le dos ne peut être vu, il peut être ressenti. Cette nouvelle conscience du dos va même s’élargir au-delà de celui-ci.

Bibliographie

  1. Les saisons du Yoga de Barbara Litzler, Editions Almora
  2. Les mudras de Gertrud Hirschi, Editions Le Courrier du Livre
  3. Le passage du souffle de Rodolphe Milliat, Editions India Universalis
  4. Le yoga des pharaons de Geneviève et Babacar Khane, Editions Dervy-livres
  5. Pratique du Yoga, la voie du cœur de Babacar Khane, Editions I.I.Y.
  6. Yogamrita, le blog du Yoga de Michèle Lefèvre
  7. Le placebo, c'est vous ! de Joe Dispenza, Editions Ariane.
  8. Vivre mieux et guérir par les couleurs d'Andrée Schlemmer, Editions Médicis
  9. Le yoga tantrique de Koos Zondervan, Editions Almora
  10. The key muscles of hatha yoga – www.BandhaYoga.com
  11. Atlas d'anatomie humaine de Frank H. Netter, Editions Maloine
  12. Salutation fluide, Isabelle Morin-Larbey, Revue française de Yoga n°36, Editions F.N.E.Y.
  13. Yoga dipika de B.K.S. Iyengar, Editions Buchet/Chastel
  14. Le yoga de la prière de Babacar Khane, Editions de l'Institut International de Yoga
  15. Yoga de l'énergie 30 leçons sur la concentration de Roger Clerc, Editions Cariscript
  16. Guide de la pratique posturale ostéo-articulaire et musculaire de Dominique Martin
  17. Mudras de bien-être de Gertrud Hirschi, Editions Le Courrier du Livre
  18. Pranâ Pranayama pranâ Vidya de Swami Niranjananda Saraswati, Editions Satayanandashram
  19. Régénération par la marche afghane d’Edouard Stiegler, Editions Guy Trédaniel
  20. De la méditation à l’amour de Selim Aïssel, Editions Oxus.
  21. Une série au sol d’Anne-Marie Doé de Maindreville, RFY n°26, Editions FNEY
  22. 60 expériences de vie intérieure de David Dubois, Editions Almora.
  23. Dans l'intime d'un chemin de Véronique Desjardins, Editions du Relié.
  24. Les yogasûtras de Patañjali commentés par Svâmî Sadânanda Sarasvati Editions Le courrier du livre
  25. Flexions et enroulements, Revue française de Yoga n°10, Editions FNEY